1. À propos du Manifeste
- La richesse d’un patrimoine musical marocain vivant
- Ce qui risque de se perdre lorsque la transmission s’affaiblit
- Pourquoi transmettre aujourd’hui plutôt que simplement conserver

2. Un patrimoine qui élève, raconte et relie
- Al-Ala et les 11 noubas comme voyage musical
- Samaâ comme élévation spirituelle
- Melhoun comme mémoire populaire et poétique
- Gharnati comme autre expression de cet héritage

3. Quand le patrimoine perd son sens
- folklorisation ;
- événements sans profondeur ;
- perte du contexte ;
- consommation du patrimoine sans compréhension ;
- rupture entre l’œuvre et son histoire.
4. Notre vision : une transmission vivante et structurée
- cercles de transmission ;
- écoute consciente ;
- pratique ;
- spiritualité ;
- rencontre avec les maîtres ;
- transmission entre générations.

5. Devenir acteur de la transmission
Il n’est pas une vitrine que l’on regarde de loin, ni une relique que l’on protège sous verre.
Il est vivant. Il se transmet, se pratique, s’écoute et se réinvente sans cesser d’être fidèle à sa mémoire.
Le patrimoine musical marocain andalous est vivant. Il ne vit pas dans les musées. Il respire dans les voix, dans les gestes, dans les silences entre deux notes.

Nos générations ont recu un héritage invisible :
des poèmes, des mélodies, des récits, une manière de sentir le Maroc.
Mais cet héritage ne survit pas seul.
Lorsqu’il n’est plus transmis avec attention et sens, il devient un simple décor.
Il se transforme en folklore, en spectacle rapide, en souvenir flou.
La transmission est ce qui maintient la vie du patrimoine.
Transmettre,c’est créer un espace où une tradition peut continuer à être comprise, ressentie et habitée.
Aujourd’hui plus que jamais, le patrimoine soufi marocain a besoin de cadres vivants :
des lieux d’écoute, des cercles de pratique, des moments de présence.
Car une tradition ne disparaît pas seulement lorsqu’elle est oubliée.
Elle disparaît lorsqu’elle n’est plus vécue.
Transmettre aujourd’hui, c’est donc un acte de responsabilité — mais aussi un acte de beauté.
C’est choisir de garder vivant ce qui nous relie.
Ce que nous transmettons
Un patrimoine ne se transmet pas seulement par ses œuvres, mais par tout ce qui leur donne leur sens.
2.1. Des œuvres et des répertoires
Nous transmettons d’abord un patrimoine musical et poétique d’une immense richesse : Al-Ala, avec ses onze noubas, ses sanʿât, ses rythmes et ses modes ; le Gharnati, héritier d’une autre branche de la tradition arabo-andalouse ; le Melhoun, avec ses qasâ’id, sa poésie populaire et la mémoire des villes et des régions ; le Samaâ et le Madih, où le chant devient également une expérience spirituelle.
Mais ces répertoires ne sont pas des collections de morceaux à mémoriser. Ils sont les traces vivantes d’une histoire.
2.2. Une mémoire
Derrière chaque nouba, chaque qasida, chaque poème, il y a des hommes et des femmes qui ont transmis avant nous.
Il y a des maîtres, des écoles, des villes, des familles, des cercles de musique, des zawiyas, des poètes et des générations de musiciens. Transmettre, c’est donc aussi transmettre la mémoire de ceux qui ont porté ces œuvres jusqu’à nous. Nous ne transmettons pas seulement ce qui a été chanté. Nous transmettons la mémoire de ceux qui l’ont fait vivre.

2.3. Un langage musical
Nous voulons également transmettre ce que l’oreille entend parfois sans savoir le nommer : les modes, les rythmes, les structures, les instruments, les formes poétiques et les règles d’interprétation.
Comprendre ce qu’est une sanʿa, une nouba, un mizân ou un ṭabʿ, c’est commencer à entendre autrement. La musique cesse alors d’être seulement belle à écouter.
Elle devient intelligible.
2.4. Une poésie et une langue Le patrimoine musical marocain est aussi un patrimoine de paroles.
La poésie du Melhoun, les textes du Samaâ et du Madih, les poèmes chantés dans les répertoires maroco-andalous portent des images, des récits, des valeurs, une mémoire et une vision du monde.
Une transmission véritable ne peut donc pas séparer la musique du texte. Comprendre ce que l’on chante, c’est déjà entrer plus profondément dans ce que nos anciens voulaient nous transmettre.

2.5. Un rapport à l’écoute nous transmettons aussi une manière d’écouter. Aujourd’hui, nous consommons énormément de musique, mais nous prenons rarement le temps de l’écouter véritablement.
Écouter une nouba, une qasida ou un chant de Samaâ, c’est apprendre à ralentir, à reconnaître, à ressentir et à être attentif. L’écoute devient elle-même un acte de transmission.
2.6. Une manière de vivre la tradition
Enfin, nous ne voulons pas transmettre un patrimoine figé.
Nous voulons permettre à chacun de le rencontrer, de le pratiquer, de le comprendre et de le faire vivre à son époque, dans le respect de ce qui nous a été confié.
Car une tradition qui n’est plus vécue devient une archive. Mais une tradition qui continue à être comprise et pratiquée reste vivante.
Nous transmettons des œuvres, des paroles, des savoirs, des gestes, des histoires, des sensibilités et une mémoire.
Nous transmettons ce qui permet à une génération de recevoir un héritage, de le comprendre, de le vivre et, à son tour, de le confier à la suivante.
La musique andalouse n’est pas seulement un art à écouter.
Elle est une voie à parcourir… Depuis des siècles, ces traditions musicales ont accompagné des générations d’hommes et de femmes dans leur rapport au monde, à la beauté et à l’élévation intérieure.
Elles ne sont pas seulement des répertoires musicaux : elles sont des formes de connaissance sensible.
Au cœur de cette tradition se trouve la nouba.
La nouba n’est pas simplement une suite de pièces musicales.
Elle est un voyage.

Chaque mouvement possède un rythme, une couleur et un état d’âme particulier.
Ensemble, ils dessinent un chemin qui mène l’auditeur de la contemplation vers l’élévation.
À travers ce voyage sonore, l’écoute devient une expérience intérieure.
La musique n’est plus seulement entendue : elle est ressentie.
Dans cette constellation musicale, plusieurs formes se répondent et se complètent.
La musique Al Âla, héritière du Maroc et de l’Andalousie médiévale, porte une architecture raffinée et savante.
Elle organise la beauté à travers des structures précises et des cycles musicaux qui ont traversé les siècles.
Le melhoun apporte une autre dimension : celle de la parole poétique.
Dans ses qasidas, la sagesse populaire, l’amour, la spiritualité et la mémoire collective prennent voix.
Il relie la tradition savante à la vie quotidienne et à l’âme du peuple.
Le gharnati, issu de la tradition de l’est marocain et profondément présent dans certaines régions du Maroc, déploie une sensibilité différente, plus intime et parfois plus contemplative.
Sa musicalité fine et ses nuances expressives ouvrent un espace d’écoute délicat, où la subtilité et l’émotion occupent une place centrale.
Le samaâ marocain , quant à lui, introduit une dimension explicitement spirituelle.
À travers les chants soufis, la musique devient invocation, élévation et présence.
Elle invite à un état d’écoute profonde où le cœur participe autant que l’oreille.
Ces traditions ne sont pas des disciplines séparées.
Elles forment un paysage musical et spirituel où la poésie, la musique et l’écoute se rencontrent.
Écouter ces musiques avec attention, c’est entrer dans un espace où le temps ralentit.
Les notes ouvrent des paysages intérieurs, les mots réveillent des mémoires anciennes, et les voix portent des émotions qui traversent les générations.
Dans ce sens, la musique andalouse n’est pas seulement un patrimoine artistique.
Elle est une voie d’expérience intérieure.
Elle invite à écouter autrement, à ressentir autrement, et à redécouvrir une dimension profonde de notre héritage culturel.
Aujourd’hui, une grande partie de ce patrimoine musical est confrontée à une difficulté silencieuse : il est souvent présenté, mais rarement véritablement transmis.Quand il est transmis, son histoire se trouve déformée parfois réinventée au profit d’autres cultures..
Avec le temps, certaines traditions se sont peu à peu transformées en formes de folklore. La musique est parfois réduite à une image décorative, à un symbole culturel utilisé pour représenter une identité, sans que sa profondeur artistique et spirituelle soit réellement explorée.
Dans ce contexte, la richesse de ces traditions peut se trouver simplifiée, voire déformée. Ce qui était autrefois un chemin d’écoute, de poésie et de sens devient parfois un simple spectacle.
À cela s’ajoute une logique de l’événementiel rapide. Les concerts se multiplient, les festivals se succèdent, mais l’espace pour comprendre et ressentir véritablement ces musiques se réduit.

La musique est consommée comme un moment de divertissement, plutôt que vécue comme une expérience culturelle et intérieure.
Cette accélération du rythme culturel crée une autre difficulté : le manque de contextualisation.
Les œuvres sont souvent présentées sans explication de leur histoire, de leur structure ou de leur signification. Les auditeurs entendent les mélodies, mais ne découvrent pas toujours le monde poétique et symbolique qui les accompagne.
Or, ces traditions musicales sont profondément liées à :
- des textes poétiques
- des contextes historiques
- des formes de spiritualité
- des systèmes musicaux élaborés
Sans ce cadre de compréhension, une partie essentielle de leur richesse devient invisible.
Ainsi, le risque n’est pas seulement que ces musiques disparaissent.
Le risque est qu’elles continuent d’exister, mais vidées de leur sens.
Préserver un patrimoine ne consiste pas seulement à le jouer ou à l’exposer.
Il s’agit aussi de créer les conditions dans lesquelles il peut être compris, habité et transmis avec conscience.
C’est précisément dans cet espace que naît la nécessité d’initiatives nouvelles : des lieux, des cercles et des démarches qui permettent de redonner à ces traditions leur profondeur, leur contexte et leur dimension vivante.
Face à ces constats, notre démarche est simple :
Redonner à ces traditions musicales un espace où elles peuvent être vécues, comprises et transmises dans leur profondeur.
Notre vision repose sur l’idée que le patrimoine n’est pas seulement une œuvre à présenter, mais une expérience à partager et à habiter.
Pour cela, il est nécessaire de créer des cadres qui permettent à la musique de retrouver son rythme naturel : un rythme d’écoute, d’apprentissage et de transmission.
Plutôt que de considérer ces traditions uniquement à travers le prisme du spectacle, nous proposons de les aborder comme des chemins de découverte culturelle et intérieure.
Au cœur de cette vision se trouve le cercle de chant de Casablanca.
Le cercle est une forme ancienne de transmission.
Il crée un espace d’écoute où chacun peut se rapprocher de la musique, non pas comme simple spectateur, mais comme participant à une expérience collective.
Dans un cercle, la distance entre l’artiste et le public se réduit.

La musique circule autrement.
La parole, l’explication et l’écoute trouvent leur place.
Cette approche permet de replacer la musique dans un contexte plus large : celui de son histoire, de sa poésie et de sa dimension sensible.
Elle permet aussi de redonner une place à l’écoute consciente.
Écouter une nouba, une qasida de melhoun, un chant de samaâ ou une pièce de gharnati n’est pas seulement entendre des notes.
C’est entrer dans un univers de sens, de symboles et d’émotions.
Lorsque la musique est accompagnée de contextualisation et de transmission, elle devient une expérience plus profonde.
Enfin, cette vision repose sur une approche ouverte de la spiritualité.
Ces traditions musicales sont traversées par des dimensions spirituelles et poétiques anciennes.
Les reconnaître ne signifie pas imposer une croyance ou un dogme.
Il s’agit plutôt de reconnaître que ces musiques ont été conçues comme des espaces d’élévation, de beauté et de contemplation.
Dans cet esprit, notre démarche cherche à préserver cet héritage marocain tout en l’ouvrant à une écoute contemporaine, accessible à tous ceux qui souhaitent découvrir ces traditions avec curiosité et respect.
Notre vision est donc celle d’un patrimoine marocain vivant, transmis dans des cadres humains, sensibles et conscients.
Un patrimoine qui ne se contente pas d’être conservé, mais qui continue d’inspirer et de relier les générations.

Transmettre un patrimoine musical ne se fait pas en une seule étape.
Comme tout art vivant, il demande du temps, de l’écoute et une progression naturelle.
Certaines personnes découvrent ces traditions pour la première fois.
D’autres souhaitent approfondir leur compréhension.
Et certaines ressentent le désir d’entrer plus profondément dans la pratique.
Pour accompagner ces différents parcours, notre démarche s’organise autour de trois niveaux de transmission.
Les trois niveaux de transmission:
Nous croyons que chacun peut entrer dans le patrimoine à sa manière.
Il y a celui qui découvre, celui qui souhaite comprendre davantage, et celui qui choisit de s’engager dans une véritable démarche de transmission.
C’est pourquoi nous proposons trois niveaux de transmission : l’Initiation, l’Approfondissement et l’Immersion.
Ils ne constituent pas nécessairement un parcours rigide. Ils sont trois portes d’entrée et trois degrés d’engagement, permettant à chacun de trouver la forme de transmission qui correspond à son rythme, à sa curiosité et à son désir d’aller plus loin.
1. L’initiation est la première rencontre.Elle s’adresse à toute personne qui souhaite découvrir notre patrimoine musical, sans nécessairement avoir de connaissances préalables.
Elle peut prendre différentes formes : une vidéo, une rencontre, une conférence, une découverte dans la Bibliothèque, un événement ou une première expérience lors de Rouhaniyat al baidaa.
On y découvre les grandes traditions, les œuvres, les instruments, les poèmes, les artistes et les contextes dans lesquels ces musiques sont nées et se sont transmises.
À ce stade, l’objectif n’est pas la maîtrise, mais l’éveil de l’écoute et de la curiosité.
Comprendre ce qu’est une nouba, découvrir la poésie du Melhoun, approcher la profondeur du Samaâ, reconnaître la richesse de l’Al-Ala ou du Gharnati.
L’initiation ouvre une première porte.

2. L’Approfondissement
Après la découverte vient le désir de comprendre.
L’approfondissement s’adresse à celles et ceux qui souhaitent aller au-delà de la première écoute et entrer dans la richesse des œuvres et de leur contexte.
Il peut se vivre à travers les cercles de transmission hebdomadaires, les masterclasses avec des artistes et des maîtres, les contenus approfondis de la Bibliothèque, ou encore des parcours en ligne permettant à chacun d’apprendre à son propre rythme.
L’écoute devient plus attentive.
On apprend à reconnaître les structures, les rythmes, les mélodies, les textes et les différentes traditions musicales soufies marocaines. On commence également à entrer dans la pratique : chanter, écouter activement, suivre une mélodie, comprendre un rythme ou approfondir un répertoire.
L’objectif est de transformer la simple écoute en compréhension consciente et en expérience partagée.

3. L’Immersion
L’immersion est le choix d’entrer pleinement dans l’univers de la transmission de ce patrimoine du Maroc.
Elle s’adresse à celles et ceux qui souhaitent vivre le patrimoine non seulement comme un savoir, mais comme une pratique et une expérience.
Elle peut prendre la forme d’une pratique régulière, d’un travail approfondi au sein des cercles, d’une participation aux masterclasses que ce soit a la musique al-ala, melhoun, samaa , d’un parcours d’apprentissage plus engagé, ou encore d’une immersion dans les grandes expériences de transmission et de création portées par Casa Cultures et Musiques, telles que Rouhaniyat Al Baidaa ou Mystic Bridges.
À ce stade, le participant ne se contente plus de recevoir.
Il écoute, il pratique, il rencontre, il participe, il partage.
Il entre progressivement dans cette chaîne invisible qui relie les maîtres à ceux qui viennent après eux.
Il devient ainsi, à son tour, un porteur vivant de la tradition.
Un chemin, plusieurs portes: Découvrir. Approfondir. S’immerger.
Il n’existe pas une seule manière d’entrer dans le patrimoine.
Certains commenceront par une vidéo.
D’autres pousseront la porte d’un cerclede chorale hebdomadaire.
Certains choisiront une masterclass, d’autres avanceront seuls dans la Bibliothèque, à leur propre rythme.
D’autres encore découvriront cet univers à travers une expérience collective comme Rouhaniyat ou Mystic Bridges.
Ce qui compte n’est pas la porte par laquelle on entre, mais le chemin que l’on choisit ensuite de parcourir.
Car une tradition ne se maintient pas seulement grâce à ceux qui la pratiquent professionnellement.
Elle demeure vivante lorsque des femmes et des hommes choisissent de l’écouter, de la comprendre, de la pratiquer, de la partager et, un jour, de transmettre à leur tour ce qu’ils ont reçu.
Bienvenue chez vous au Maroc des merveilles..

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